Témoignage d’une maman

Il y a quelques années, j'ai été invitée à voir le monde à travers les lunettes d'une personne qui souffrait d'un comportement anorexique.

Au début, j'assistais comme observatrice, réduite à l'impuissance, à une destruction lente de toute forme de vie. Je me sentais exclue et appelée en même temps d'une façon très ambiguë. J'avais la peur installée au fond de moi et en face de moi un silence terrifiant. Une incompréhension totale nous séparait.

Et pourtant, derrière ce masque de glace, je sentais une détresse terrible, mais impossible d'y accéder avec les mots que j'avais en moi à ce moment là. C'est alors que j'ai décidé de mettre les lunettes de ma fille pour pouvoir ressentir ce qu'elle vivait et pour voir le monde avec ses yeux. Cette vision traduisait un état de terreur que j'avais difficile à imaginer et surtout à comprendre.

Au fil des mois qui passaient, j'ai pu observer qu'elle était continuellement aux prises avec un dialogue intérieur. Elle se trouvait dans un huis clos dont j'étais exclue, mais dont elle me donnait les clefs, et j'ai décidé alors d'être son alliée dans son combat.

Petit à petit j'ai pu l'accompagner dans ce parcours qui était celui de la métamorphose, et j'ai pu constater qu'il n'y avait chez elle non pas un refus alimentaire, mais bien une impossibilité vécue de se nourrir qui était commandée par une voix intérieure impérieuse. Je remarquais qu'elle ne pouvait se livrer à moi et accepter de se faire du bien qu'à condition que je parle son langage secret.

J'ai vécu la solitude, la peur, l'incompréhension. Aussi et surtout par le monde extérieur. J'avais besoin en tant que maman, de me sentir aidante pour ma fille. Les parents qui ont vécu le même parcours que le mien partagent la même angoisse, cette même impuissance.

Et pourtant, dès qu'on leur donne les mots, dès qu'on les implique dans l'accompagnement de leur enfant, dès qu'ils reçoivent des clefs qui permettent de rentrer dans ce monde emprisonnant, on observe très vite un relâchement de la peur, une complicité nécessaire pour donner à nouveau l'espoir.

Les personnes qui souffrent d'un trouble alimentaire ont besoin et ont le droit de ressentir la présence de ces alliés dans leur combat interne.

un autre regard sur le trouble alimentaire

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« Il me paraît impératif de cesser de les traiter en coupables. Souvent, les parents vivent accablés par la culpabilité à l’idée qu’ils ont peut-être favorisé la conduite de leur enfant ou qu’ils en sont responsables. Ils sons plongés dans la honte parce qu’on leur appose – à tort ou à raison – l’étiquette de dysfonctionnels et qu’ils ont l’impression de faire l’objet d’une chasse aux sorcières. Cela ne fait qu’engendrer plus d’agitation, de stress et de négativité au sein d’une famille déjà tourmentée.

Ces parents passent des heures inavouables à se dénoncer pour leurs défaillances, alors qu’ils sons sous la mitraille au quotidien avec leurs enfants malades. Ils s’efforcent de poursuivre leur travail et leurs activités, alors qu’ils vivent un cauchemar sous leur propre toit, un cauchemar dont on dit trop souvent qu’il est de leur faute et involontairement leur œuvre. Leur premier centre d’intérêt, leur enfant, risque la mort. Les parents sont impuissants face à une situation apparemment désespérée. A long terme, rendre les parents coupables de la situation – même s’ils sont « fautifs » d’avoir été révélateur des troubles alimentaires – peut être nuisible et dangereux pour leur enfant. Cela peut les empêcher d’être disponible pour eux au moment où leur soutien est le plus essentiel. »

Guérir l’anorexie et la boulimie par la méthode Montreux, P.Cl.Pierre, Plon, 1997 

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